
Nous voici sur le point d'aborder un thème intéressant: le culte d'une divinité étrangère à la Grèce au sein même de la religion polythéiste de ses peuples. Prenons l'exemple d'Isis.
Tout d’abord, Isis est « née » en Egypte, le long du Nil. Son premier temple a été bâti à Philae au cours de la XXXe dynastie (Basse Epoque, de 664 à 332 avant notre ère.), sous le règne des pharaons Nectanebo Ier, Theos puis Nectanebo II. Isis est la fille de Geb, le dieu de la terre et de Nout, la déesse du ciel. Sœur d’Osiris « avec mon frère Osiris » ligne 7 de l’hymne (texte 1) ; elle est aussi son épouse : en s’unissant à lui dans le ventre de leur mère, elle a institué le mariage. Déesse de la fertilité, de la maternité, elle est souvent représentée allaitant son fils Harpocrate ou lui tenant la main. Le lait est l’aliment divin dispensé par Isis mère. A la différence d’Hathor, qui incarne la dimension biologique de la maternité, Isis prend en charge la dimension sociale. Elle protège Horus des dangers de son oncle Seth, dieu du mal. Hathor est la déesse de l’amour et de la joie, de la fécondité et mère cosmique, nourrissant les vivants et les morts c’est pourquoi les Egyptiens la représentent sous les traits d’une vache ou d’une femme avec des cornes de vache. Isis se confond avec Hathor et emprunte ses attributs : comme nous venons de le voir, les cornes de la vache qui soutiennent le disque solaire remplacent son signe distinctif habituel : le dessin du siège correspondant au hiéroglyphe de son nom. Isis est la première magicienne, celle qui redonne la vie à Osiris, le premier mort ressuscité. Osiris, tué par son frère Seth et jeté dans le Nil. Elle part en quête de son époux, dont elle reconstitue avec l’aide d’Anubis le corps que Seth avait découpé en quatorze morceaux. Anubis dans la mythologie égyptienne est le dieu de l’embaumement. Fils illégitime d’Osiris et de Nephtys (sœur d’Isis, d’Osiris, et épouse de Seth), il est représenté avec une tête de chacal ou de chien et accompagne les morts auprès d’Osiris. Isis gagne l’épithète « fille de Rê » car elle a obtenu de Râ, le dieu suprême, du soleil, ses pouvoirs car il lui a révélé son nom après avoir été mordu par un serpent. Elle devient une des incarnations possibles de l’uræus (aspic) : Isis Thermoutis est l’épithète qui désigne Isis avec un corps de serpent. Elle incarne, nous l’avons dit, la mère protectrice et à ce titre va aider son fils Horus à vaincre Seth afin qu’il devienne maître de la Haute et Basse Egypte. Elle aide le bien à triompher du mal Les autres attributs d’Isis sont la croix ansée dit « ankh », symbole de la vie et du souffle vital, le ciste « corbeille contenant les objets sacrés et dissimulant en elle les mystères de l’auguste religion » ligne 41 et 42 d'un extrait éudié des Métamorphoses d' Apulée, le palmier représentant le vie éternelle, mais aussi le sistre*, un instrument de musique à percussion chez les Egyptiens.
Ils vont croître avec l’hellénisation du culte égyptien dès 333 avant notre ère au temps de la conquête d’Alexandre le Grand et de sa victoire sur les Perses qui dominaient la province du Nil ; puis dès 30 avant Jésus Christ avec la défaite d’Antoine à Actium et son suicide avec Cléopâtre VII, date qui marque la provincialisation de l’Egypte dans ce qui est devenu par la suite l’Empire romain.
Ainsi, Isis a conquis par la suite la Grèce. Les dieux égyptiens étaient familiers aux voyageurs et aux philosophes grecs, bien avant d’être connus et nommés aux Romains. Alexandre le Grand en hellénisant l’Egypte à influencé la venue de leurs cultes en Grèce : le culte des dieux alexandrins est adopté par l’assemblée du d’Athènes peuple en 350 avant notre ère avec l’autorisation pour les marchands égyptiens d’élever un temple d’Isis au Pirée.
Au cours des IIIe et IIe siècles avant notre ère, le culte d’Isis s’installe à Athènes en Eubée, à Délos où les hymnes sous formes d’éloges vantent les qualités que lui attribuent ses nouveaux dévots. Alexandrie est fondée au cœur même du Delta par Ptolémée I, le général d’Alexandre : l’Egypte devient ptolémaïque dès 305 avant notre ère jusqu’en 30 av. J.C., date du suicide de Cléopâtre VII, « La nouvelle Isis », dernier pharaon de la dynastie des Lagides.
Les Grecs vénèrent une nouvelle Déméter qu’Hérodote au IVe siècle avant notre ère puis Plutarque*, au siècle des Antonins, ont identifiée en Isis. Tout d’abord, selon Plutarque, Isis est la fille d’Hermès/Mercure, qui s’est uni en cachette à Rhéa, femme de Cronos. Hélios, le premier mari de Rhéa l’a puni lorsqu’il s’est est aperçu et « jamais alors elle ne pourra avoir d’enfants ni en un mois ni en un an. » Isis et Osiris. Elle obtient pourtant d’Anubis cinq jours de plus dans le premier calendrier de trois cent-soixante jours et met au monde Osiris, le premier jour, puis Horus (tous deux sont les fils d’Hélios), Typhon (Seth) naît le troisième jour, Isis arrive au monde à la saison des pluies le quatrième jour. La légende d’Osiris ne nous est parvenu au complet, que par la plume de Plutarque qui en témoigne dans son ouvrage De Iside a Osiride. Cette légende nous retrace trois grandes étapes de la vie des dieux égyptiens : l’assassinat d’Osiris par Seth, la naissance et l’enfance d’Horus et la lutte entre Horus et Seth pour la royauté terrestre. Isis est associée au travers de l’écriture de Plutarque aux dieux de panthéon grec. De même, elle est identifiée à Déméter, car comme elle, elle est en quête d’un être cher. Déméter recherche sa fille Perséphone/ Korè, enlevée par Hadès/Pluton dans les Enfers. Dans la douleur, elle décide que la terre autrefois nourricière ne portera plus de fruits, plus de fleurs, plus de graines. Avec l’appui de Zeus elle obtient finalement, le droit d’avoir sa fille auprès d’elle pendant huit mois, le temps de la belle saison pour contribuer à l’essor de l’agriculture et le reste de l’année, Perséphone le passe aux Enfers avec son époux Hadès qui lui a fait manger un grain de grenade (fruit), la nourriture des morts. En Grèce, les mystères d’Eleusis sont célébrés et le grain, à l’image de Korè/ Perséphone apparaît comme symbole résurrection. Si Déméter connaît la douleur, sa fille, connaît la mort (et la renaissance). Isis quant à elle, est en quête de son époux Osiris tué par Seth, l’incarnation du mal. Elle connaît le deuil puis la joie de son époux ressuscité : un événement que les fidèles célèbrent lors de l’Inventio Osiridis, en plein hiver.
Les Grecs adorent donc la terre nourricière, Isis-Déméter, portant les flambeaux, les épis de blé, les têtes de pavots, les serpents et la ciste mystique. Comme présidant à l’agriculture, Isis porte sur son bras la corne d’abondance remplie de fruits. C’est elle qui, détournant les hommes de la barbarie, leur a enseigné à cultiver le blé ; c’est elle qui a établi le culte et fondé les mystères où se révèle dans l’ombre le sens caché de ses tragiques aventures.
Le culte isiaque a par la suite atteint le port d'Ostie à Rome puis tout l'Empire romain au IIe siècle avec des foyers plus pratiquants que d'autres: les marins, les femmes... Mais ceci entre dans le cadre d'une autre recherche.
Il faut savoir que cet article est un extrait de mon travail en Licence d'histoire. J'avais choisi d'étudier le culte d'Isis dans l'Empire romain et une partie de mes recherches s'est attardée à expliquer la diffusion du culte de l'Egypte jusqu'à Rome en passant par la Grèce.
Dans l'article suivant je vais vous communquer ma bibliographie de travail, si vous souhaiter vous aussi traiter le sujet.

Ici, il s'agit d'une représentation grecque
de la déesse Isis avec le sistre
et le noeud isiaque de son châle .
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